Un jour, Pascal m'a informé du fait que des parties de poker devraient bientôt être organisées dans un cercle de jeux parisien - l'ACF - sous la férule de Bruno Fitoussi, tout désireux qu'il était d'importer le "poker à l'américaine".
Nous ne jouions qu'en parties privées - dans des salons, des cuisines, des caves, etc.
A l'ACF, nous aurions des croupiers professionnels, des vraies règles de jeu et d'arbitrage; nous jouerions autour d'une grande table des pros - comme dans les films. L'idée nous enchantait !
Le rôle du croupier
Très désireux d'apréhender et de comprendre les aspects plus professionnels du poker, j'ai toutefois décidé, dans un premier temps, de répondre à la proposition qui avait était faite par l'ACF, en me rendant à la première formation de croupier.
Suivant les consignes qui m'avaient été données, je me suis rendu au club très bien habillé - pantalon noir, chemise blanche, noeud papillon et chaussures bien cirées.
L'assemblé d'apprentis était très hétéroclite :
hommes et femmes de tous âges issus de tous horizons. Certains recherchaient un nouveau job d'appoint et distrayant, tandis que d'autres étaient davantage anim&s par la curiosité. Parmi la quinzaine de personnes présentes ce jour-là, seules deux ou trois connaissaient les règles du poker!
Difficultés du métier de croupier
Mais personne ne soupçonnait réllément les difficultés du métier. Et surtout, personne n'aurait parié un sou sur l'avenir d'un tel job; sauf bien sûr son instigateur Bruno Fitoussi.
Dans l'ambiance cocasse que je vous laisse imaginer, nous avons appris ces règles bon an mal an, mais aussi les manières de repérer les tricheurs, de battre les cartes de coupe, etc.
Tout cela était alors totalement nouveau, et allait vite rendre de plus en plus précaire l'avenir des tricheurs et magouilleurs en tout genre.
Mon meilleur souvenir reste sans nul doute le fait d'avoir dealer la finale du tout premier tournoi de l'ACF : le tournoi d'inauguration, sorte de numéro zéro dont le buy-in avait été fixé à 1 000 Francs, qui fut remporté par l'un des regulars de l'époque. Un dénommé Gérard Elléaume.
J'ai ainsi assisté, trois mois durant, aux premiers pas de la poker room, aux extravagances des premiers flambeurs ainsi qu'à l'essor des premiers pros et semi-pros, pour qui l'ACF constitua aussi bien une aubaine et qu'un terrain de chasse privilégié.
Soudain, ils pouvaient se rendre dans un endroit où des parties et des tournois étaient organisés de manière régulière, méthodique et encadrée.
Ce modèle a ensuite été calqué par d'autres cercles avec un succès variable, mais, clairement, jamais égalé.
Le fait est que, en France, le poker entrait dans une nouvelle ère.
Par J.B.B
